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La cave aux poupées et autres...

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14

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Parce que j’ai 23 ans. C’est une sentence plus qu’un conseil.

« Vous avez 23 ans, un métier, un appartement, vous devriez être heureuse. Vous n’avez pas honte de dire des choses pareilles ? Savez-vous combien de femmes aimeraient être à votre place ? »

Je suis dans le Var et le médecin du dispensaire de la Seyne-sur-mer semble outré par la demande que je viens de lui faire. Une chose ignoble essaime en mon corps et je devrais l’accepter ? Des images du film [i]Alien[/i] s’imposent à moi et, un instant, j’imagine mon ventre grossir avant de s’ouvrir pour laisser sortir cette bête immonde qui apportera à son hôte la mort, mais juste avant, le soulagement de savoir sa souffrance terminée.

« Et puis vous êtes à 12 semaines, ce n’est plus possible. Reprenez-vous ! Avec de telles idées vous faites du mal à votre bébé ».

Fin des vacances. Je rentre chez moi. La chose aussi.

 

La chose, c’est un doux nom et je ne veux pas l’appeler autrement. Je suis une mule chargée d’une dope dure, aux dommages irréversibles. Remplie de la semence que deux être se sont autorisés à m’imposer dans le souterrain d’une gare. Et cette chose incurable grandira parce que je n’ai pas été en état de m’en apercevoir avant. Un verre, deux, trois... dormir... le collège... plaisanter avec les collègues et sortir. Rentrer seule et recommencer. Parce qu’ignorer les choses, c’est les retarder un peu. Je vais bien tant que personne ne sait. Et je me tais pour aller mieux. J’ai toujours ce sourire qui éclaire mon visage. Tant qu’une femme sourit c’est que rien de grave ne peut arriver.

Avril. Douleur et sang. La chose s’extirpe après 14 semaines, seule.

 

2019.

 

Parce que j’ai 46 ans. Ma vie a commencé, j’ai ma famille. J’ai changé de région et je ne suis ni plus ni moins heureuse qu’une autre. Une citoyenne moyenne avec un pavillon, des enfants, une voiture et un chien. L’hiver à la montagne, l’été en bord de mer. Le Var toujours... mais plus La Seyne... juste à côté. Il ne faut faire avec mais ne pas oublier. Jamais. La chose a instillé son souvenir toutes ces années. L’aurais-je suffisamment aimée ? Je veux penser à mes bonheurs mais tout ce qui m’arrive de négatif me ramène inexorablement à elle. Je m’isole peu à peu car je n’apporte rien de bon. Les emmerdes se suivent et m’épuisent. Plus d’envie. Un sac a dû rester dans la mule et a instillé son poison jour après jour toutes ces années.

 

Allongée sur la table, la tête sur le côté, les yeux ouverts, je fixe mon bras. L’aiguille est trop inclinée. Dernière larme. J’aime que tout soit droit, net. La pince à roulette est fermée et dans la poche à perfusion, la chose est là encore ; rouge et souriante. Après toutes ces années, elle me retrouve et réclame son dû. Elle a 23 ans et la même taille. Avril. C’est son anniversaire, je suis cadeau.

Je m'élève.

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