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La cave aux poupées et autres...

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Eo

Eo

Elle a ouvert les yeux... une nouvelle fois...

Elle m'a dit : « J’appartiens au monde des vivants et c'est là mon fardeau. Peu importe, c'est comme ça. Il m'arrive de penser que j'aurais préféré mourir sur place plutôt que de l'avoir laissée faire. C'est horrible car ma vie ne s'est pas arrêtée depuis ça, non. Elle est parfois jonchée de périodes destructrice qui n’appartiennent qu'à moi et d'autres, de bonheur intense. »

Elle m'a dit : « Il m'arrive parfois de me demander ce que ça fait de sauter du quatrième étage, juste comme ça, pour voir. Je ne veux pas mourir, j'aime vivre, mais chaque respiration volée est un mensonge »

Elle m'a dit : « J'ai toujours froid comme si j'étais figée de l'intérieur comme si tout était glace et j'ai peur, tellement peur parfois».

Elle m'a dit : « Aide-moi ». J'ai tourné la tête et je suis partie... Elle est morte seule...encore.

Elle a ouvert les yeux... une nouvelle fois.

..

 

* * * * *

 

Trois soleils

 

Les trois soleils venaient de se lever et tout le monde savait que cette journée serait un enfer.

 

Eo ouvrit les yeux, repoussa d'un revers de la main une mèche de cheveux qui lui couvrait le visage et s'assit. Ses joues étaient maculées d'un mélange de terre et d'urine. C'est ce qu'il avait trouvé de mieux pour passer inaperçu tandis qu'il les épiait du haut de son arbre et puis... il était tombé. Ses lèvres lippues étaient craquelées et saignaient par endroit. Depuis combien de temps n'avait-il pas bu ? Un jour, deux ? Il regarda autour de lui et renifla.

Une jeune femme s'approcha :

« Tu as soif ?, il hocha la tête. Elle lui tendit un verre. L'eau lui piqua les lèvres. Il retint un gémissement.

- Doucement, nous avons de l'eau ici.

- Encore,

- Ch...chut, ne bois pas si vite. Tu as déjà un nom ?

- E.. Eo »

Il l'observa. Elle était la plus jolie chose qu'il avait vue depuis longtemps. Elle portait une robe verte qui avait certainement été belle dans une autre vie et un gilet gris un peu trop grand. Ses yeux étaient presque translucides tant ils étaient bleus. Elle était maigre à faire peur et des tics étiraient les commissures de ses lèvres mais Dieu... qu'elle était jolie. Elle avait l'âge d'être une maman, elle était une maman, il avait vu les enfants. Peut-être voudrait-elle être la sienne ?

 

Quand il était avec les autres, il avait entendu parler de ces femmes, les mamans sauvages. Les mamans étaient chargées d'élever les troupeaux récoltés auprès des femelles qui les avaient mis au monde jusqu'à ce qu'ils atteignent 6 ans. L'âge de travailler ou de mourir (pour les plus faibles). Certaines, s'attachant à leur cheptel, s'enfuyaient et vivaient cachées jusqu'à ce qu'il grandisse assez pour passer la sélection finale. Les mamans sauvages. Eo les avaient cherchées longtemps, si longtemps...

 

« La sélection..., murmura t-il,

- Elle a commencé lorsque le troisième s'est levé. J'ai vu des troupeaux passer et j'ai entendu les premiers cris des sous-six exclus... »

Il essaya de se lever

« Mia...

- Tu n'iras nulle part aujourd'hui, tu es trop faible.

- Je dois trouver Mia.. »

Il retomba sur la paillasse, trop faible. Il avait laissé Mia dans un trou. Elle était trop faible pour passer la sélection des 6. Elle avait toujours été fragile. Quand il avait passé la sélection il y a un peu plus de deux ans, il s'était fait la promesse de veiller sur elle. Ils faisaient partie du même troupeau, animaux anonymes élevés en attendant d'être sélectionnés pour le travail. Il était robuste, grand pour son âge, certain de vivre jusqu'à la sélection des 15, promesse d'une vie nouvelle, d'un nom.

Elle, animal ressemblant à un singe, trop petite, trop maigre, trop souvent malade n'irait pas bien loin et à l'époque il s'en fichait. Jusqu'au jour où, animal anonyme, elle l'avait appelé : « Hey oh ! Hey oh ! J'ai mal aux pieds ». Il s'était retourné et avait vu cette chose qui avait perdu une sandale et allait, claudiquant, sur les cailloux brûlants. Il s'était approché ; elle lui avait souri.

« Hey oh ! Tu m'aides ? » Et il l'avait aidée. Il l'avait portée un bout de chemin tandis qu'elle chantonnait : « Eo, Eo, j'ai mal aux pieds, Eo, Eo, tu m'as porté » Et c'est comme ça qu'il avait eu un prénom. Son premier bonheur. Passer de bête à quelqu'un. Il lui en avait choisi un : « Mia, parce que c'est joli »

Il lui avait laissé le reste d'eau en lui promettant de trouver de l'aide et il y était arrivé.

 

« Qui est Mia ?

- C'est mon amie. Il faut l'aider. Tu es une Maman ? »

Son visage se figea, glaciale. Elle devint glaciale.

- »Pourquoi dis-tu ça ? Les mamans vivent dans les immeubles de la cité.

- Je...je vous ai observé. Il y a des enfants ici. 3. Deux grands et un sous-six.

- Tu es là depuis longtemps ? dit-elle, méfiante.

- Assez longtemps. Aidez-nous.

- Rendors-toi. Nous t'aiderons. »

 

Il ferma juste les yeux afin de se repasser dans la tête le chemin parcouru depuis la cachette de Mia. Il faisait chaud, très chaud. Il sentait la chaleur des trois soleils à travers l'ouverture qui servait de fenêtre. Il pensa à sa sélection, un peu plus de trois ans auparavant. Il ne voulait pas y aller, craignant de laisser Mia. Il s'était avancé pourtant au milieu de l’arène, au milieu des cris des six ans craintifs. Il était grand pour son âge et rien que pour ça, il savait qu'il ne ferait pas partie des laissés-pour-compte. Ce n'était pas le cas de tous les sous-six.

Élevés dans des immeubles en ruine, ils étaient relativement préservés de la chaleur. Or, avant d'être sélectionnés, on les laissait sous les trois soleils pendant deux bonnes heures afin de tester leur résistance. Beaucoup criaient au début, pleuraient avant de se taire ou de s'effondrer victimes de début de déshydratation. Ensuite, deux ou trois Mamans passaient et s'occupaient de la sélection : les faibles, les chétifs, les malades étaient emmenés vers un grand bâtiment adjacent, les autres attendaient leur affectation provisoire : domestiques, serveurs, commis, apprentis l'après-midi ; instruction obligatoire le matin. Les sous-quinze (comme on les appellerait désormais) seraient amenés à devenir des citoyens à part entière après leur émancipation.

 

Il ouvrit les yeux et vit une jeune fille accompagnée d'un garçon d'une douzaine d'année.

« Je suis Taé et elle c'est Domi enfin, pour le moment. Elle va passer la sélection des quinze dès que le troisième soleil sera tombé. Elle sera émancipée, ajouta-t-il, fièrement.

- Tais-toi, tu parles trop, dit-elle en le fusillant du regard. Maman nous a dit de t'accompagner, tu as quelqu'un à chercher. Si tu es prêt il faudrait qu'on parte. La route n'est pas sûre avec tous les patrouilleurs. Tu sais où on va ?

- À un jour de marche, dit Eo en se levant. »

Après s'être enduits le visage et les mains de boue, ils prirent la route en suivant les instructions d'Eo. Après cinq heures de marche sous une chaleur étouffante ils entendirent des cris.

«- Silence, chuchota Domi, ce sont des patrouilleurs avec leur cargaison. Couchez-vous par terre. »

Allongés dans le fossé qui bordait la route, ils virent passer les mercenaires avec des six ans enchaînés à leur suite. Des enfants qui avaient sans doute voulu échapper à la sélection en essayant de s'enfuir ou de se cacher. Oh, ils échapperaient à la sélection... en allant directement dans le grand bâtiment.

Ils décidèrent de faire une halte afin de manger quelques racines. Depuis la grande guerre on ne mangeait de la viande que le jour du grand banquet, au premier soleil, après la sélection des quinze. Après le repas, ils se racontèrent un peu :

 

L'histoire de Taé était banale. Il avait passé avec succès la sélection des six et était apprenti chez un cordonnier, un homme mauvais qui ne le nourrissait pas. Il s'était enfui et Maman l'avait trouvée lors d'une de ses recherches d'enfants errants. Elle l'avait gardé.

«  Et toi Domi ?, demanda Eo. 

- J'ai passé la sélection des six avec ma sœur jumelle. Bien que les fratries d'un même âge ne soient pas autorisées ils ont décidé de nous faire grandir ensemble jusqu'à nos douze ans chez une Maman en compagnie de sous-six afin de voir celle qui, de nous deux, serait la plus résistante. Le jour de notre douzième anniversaire arrivé, ils nous ont laissé une heure ensemble dans notre chambre au quatrième étage afin de nous dire au revoir. J'étais la plus faible... » Sa voix se brisa.

« Nous pleurions toutes les deux puis ma sœur a souri, elle m'a embrassée et a sauté par la fenêtre. » Elle pinça les lèvres, essuya une larme invisible sur sa joue sale, baissa la tête et continua d'une voix atone :

« J’appartiens au monde des vivants et c'est là mon fardeau. Peu importe, c'est comme ça. Il m'arrive de penser que j'aurais préféré mourir sur place plutôt que de l'avoir laissée faire. C'est horrible car ma vie ne s'est pas arrêtée depuis ça, non. Elle est parfois jonchée de périodes destructrice qui n’appartiennent qu'à moi et d'autres, de bonheur intense.

Malgré les soleils, j'ai froid à l'intérieur. J'ai toujours froid comme si j'étais figée, comme si tout était glace et j'ai peur, tellement peur parfois. Mais je dois être forte, pour elle. Il m'arrive parfois de me demander ce que ça fait de sauter du quatrième étage, juste comme ça, pour voir. Je ne veux pas mourir, j'aime vivre, mais chaque respiration volée est un mensonge. Mais j'irai à la sélection des deux soleils, je serai émancipée et je vivrai. »

Elle se coucha et ferma les yeux. Après quelques instant, Eo puis Taé l'imitèrent.

 

La chaleur les réveilla et ils reprirent rapidement leur route.

« C'est là, dit Eo, après quelques heures de marche.

- Il n'y a rien ici, assura Taé

- Si, c'est là », insista son compagnon en commençant à enlever un tas de branches et de feuilles qui jonchaient le sol, sous le regard désabusé de Domi. Une trappe apparut, rapidement soulevée par les trois compagnons.

Ils se penchèrent au-dessus de l'ouverture et aperçurent une chose à moitié recroquevillée. Mia.

« Tu es revenu.

- Oui, nous serons en sécurité. »

Et c'est à quatre qu'ils prirent le chemin du retour.

 

* * * * *

 

La sélection dura près de 32 heures cette fois. Ce fut l'une des plus longues. Le troisième soleil qui ne sortait qu'une fois l'an semblait avoir décidé de ne pas se coucher, rendant plus insoutenable l'attente des sous-six dans l'arène et la peur de ceux qui avaient réussi à se cacher. Peur des patrouilleurs et autres mercenaires qui sévissaient jusqu'au début du banquet. Ce banquet marquait le début d'une période d'accalmie d'environ un an. On mangeait de la viande tant qu'il en restait, les enfants qui avaient réussi à se cacher seraient tranquilles. Jusqu'à l'apparition des trois soleils suivants...

 

Domi, Taé, Eo et Mia arrivèrent à la cachette et trouvèrent une Maman soulagée de les voir rentrer. Elle tenait un sous-six à la main.

Elle remplit une bassine d'eau et les enfants purent enfin se laver. Cette eau fraîche était une bénédiction pour Eo qui ne s'était pas lavé depuis près d'un an. Les ruisseaux étaient pollués, les réserves d'eau pure étaient surveillées et le peu d'eau qu'on lui donnait ou qu'il volait était destinée à ne pas mourir.

Maman avait trouvé un vieux puits qu'elle avait remis en état. Et il fonctionnait !

 

Deux soleils.

 

Les cris lointains cessèrent lorsque la luminosité fut un peu moins éclatante. Un des trois soleils s'était couché.

Dans l'antre, c'était l'effervescence. Maman et Domi s'activaient sur son paquetage tandis que Taé faisait des bonds tels un kangourou, ce qui amusait Eo. Mia, affaiblie par la longue marche du retour était allongée à la place qu'avait occupée Eo quelques dizaines d'heures auparavant.

Quand tout fut prêt, ils s'assirent près du lit de Mia. Elle tendit immédiatement la main ; Eo s'empressa de la saisir :

« Tu vas bien ?

- Tu es venu me chercher

- Je te l'avais promis. Je serai toujours là »

L'amour entre ces enfants si différents semblait indécent dans ce monde sans concessions. Taé ne le comprenait pas tandis que pour Domi... Il lui rappelait celui qui avait existé entre sa sœur et elle. Elle ne les comprenait que trop.

Taé se tourna vers elle :

«  Tu voudrais être affectée où ?

- Je ne sais pas. À l'entretien des bâtiments ou aux cultures. En tout cas, je ne serai pas Femelle. Je ne les aiderai pas à faire des enfants qu'ils m'enlèveront l'un après l'autre. Ni femelle, ni Maman. Jamais.

- Tu ne peux pas refuser une affectation.

- Maman m'a dit que si.

- Tout se monnaye dans la cité, intervint Maman. Si tu as quelque chose qui les intéresse, tu pourras changer d'affectation. Attends d'abord de savoir ce à quoi tu es destinée avant de choisir. Le prix à payer est souvent trop lourd. » Et elle sourit. Le sourire allait à cette maman. Les Mamans étaient obligées de sourire pour que les enfants se sentent entourés de compréhension mais là, son sourire semblait naturel. Pas forcé du tout.

Domi l'embrassa longuement, serra Taé et la sous-six dans ses bras, adressa un signe de tête en direction d'Eo et de Taé et partit sans se retourner.

 

Le deuxième soleil devait encore durer trois ou quatre jours et même si Maman était inquiète pour Domi, elle n'en laissait rien paraître et s'occupait avec amour et dévouement des quatre enfants à sa charge.

Mia dormit près de 16 heures avant de pouvoir se lever. 16 heures durant lesquelles Eo ne quitta pas son chevet. Lorsqu'elle put enfin se lever, Maman lui brossa les cheveux, la coiffa, lui donna une tenue un peu trop grande (mais tout était trop grand pour Mia).

« Regarde Eo comme je suis jolie, s'exclama-t-elle en faisant tournoyer sa robe. Je suis une princesse et toi, tu es le roi. »

Elle lui plaqua un bisou sonore sur la joue, prit sa main et celle de Taé et les entraîna dans une folle ronde.

Les enfants tournèrent de plus en plus vite avant de s'écrouler dans des éclats de rire.

Maman accourut, la sous-six à ses trousses, pour voir d'où venait ce vacarme. Elle sourit en les voyant avant de se reprendre :

« Vous faites trop de bruit. Taisez-vous. Tant que le grand banquet n'aura pas commencé, vous ne serez pas en sécurité. »

Les enfants s'arrêtèrent immédiatement, conscients de leur imprudence.

«  Eo, ils vont venir me chercher ? demanda la petite, inquiète

- Non, coupa Maman, mais nous devons être prudents. Vous devez être prudents. Je vais devoir vous laisser seuls.

- Pourquoi ? » dit Eo

Ce fut Taé qui répondit :

« - Les routes sont plus sûres lors de sa sélection des quinze. Maman va chercher des médicaments chez une femme qui nous aide. Assez pour tenir toute l'année. Ce n'est pas long mais nous serons seuls. »

La sous-six se mit à pleurer : « Pars pas, pars pas ».

« Chut. Je ne pars que deux ou trois heures au maximum.

- Noooon !

- Il le faut ma petite.

- Je peux y aller, dit Eo

- Hors de question, c'est trop dangereux pour quelqu'un de ton âge de sortir.

- Je ne suis pas un six ans, je suis protégé. Et puis, tu as bien laissé Domi et Taé m'accompagner pour aller chercher Mia.

- C'est que je ne pouvais pas laisser la petite seule.

- Tu ne peux toujours pas et puis, il y a Mia. Tu dois rester aussi pour elle. »

Ils discutèrent encore de longues minutes puis Maman se rangea à l'avis d'Eo. Elle n'avait pas envie de laisser la sous-six sans adulte à ses côtés. Ils décidèrent que Taé accompagnerait Eo. Maman prendrait soin des petites.

Après de rapides embrassades, ils prirent la route.

 

Après quelques minutes sous les deux soleils, on oubliait rapidement que le troisième avait été plus chaud et malgré les épaisseurs entassées sur leur corps les deux garçons avaient peine à avancer. Au bout d'une heure de route, Taé pesta :

« Nonnn ! Nous avons oublié le sac.

- Quel sac ?

- Un sac de graines rares à semer. Maman les utilise comme moyen de paiement. Nous devons faire demi-tour.

- Pourquoi ?

- On ne nous donnera rien sans ça. Ces gens prennent des risques en nous aidant. Nous devons les payer. »

Et c'est à contrecœur que les enfants firent demi-tour.

Alors qu'ils s'approchaient de l'antre, ils entendirent des hurlements. Ils se mirent à courir. La scène qui s'imposa à eux les figea : Maman tenait les filles serrées contre elle tandis que deux hommes les tenaient en joue. Eo, qui s'apprêtait à bondir fut plaqué au sol par Taé.

 

« Ne bouge pas, tais-toi. Ils ne leur feront peut-être rien. Ce sont des patrouilleurs. Ils vont les amener à l'arène.

- Non, laisse-moi, je dois retrouver Mia. »

Taé le maintint contre le sol. Ils purent distinguer les échanges :

« Où sont les autres ?, beugla un des deux hommes.

Mia était encore plus pâle que d'habitude. Ses yeux allaient de droite à gauche, semblant chercher Eo. Eo lui avait promis de veiller sur elle, d'être toujours là pour elle. Il allait venir la sauver comme la dernière fois. Il allait venir, c'est sûr.

« Il n'y a personne d'autre, il n'y a que nous, s'il vous plaît, laissez-nous ! Nous... » hurla maman.

Sa supplique fut interrompue par une salve de balles qui entrèrent dans son corps, celui de la sous-six et de Mia.

Les corps dansèrent un court moment avant de tomber dans la poussière.

Eo et Taé regardaient la scène trop choqués pour émettre le moindre son.

 

« Non ! Maman ! »

Un hurlement déchira l'air saturé de tensions. Une forme accourut vers le corps sans vie de Maman. Domi.

« Vous m'aviez promis de ne pas lui faire de mal.

- Et toi, tu nous avais promis quatre personnes

- Non, maman, maman...Je n'ai pas voulu ça. » Elle embrassa maman.

« Pourquoi ?, demanda – t- elle.

- Tu devais nous livrer 4 bêtes.

- Pas Maman, pas maman. Elle n'aurait pas dû être là. Elle aurait dû être partie.

- Tu nous avais promis 4 bêtes et il n'y en a que 3. Nous ne pouvons pas rentrer sans le butin promis. »

L'homme leva son arme et tira une fois, dans la poitrine de Domi. Elle s'affaissa. Il se tourna vers son compagnon :

« Viens, allons chercher la charrette. On en a pour au moins 15 minutes à faire l'aller-retour. Il ne faudrait pas que des animaux viennent bouffer notre dîner. Il y aura quatre bêtes de plus au banquet ce soir. »

Les hommes partis, Eo et Taé s'approchèrent des corps. Taé se précipita sur maman en pleurant tandis qu'Eo s'agenouilla près de Mia :

« Ma Mia, pardon, pardon. Je ne te laisserai plus. » Il s'allongea à côté d'elle, décidé à attendre le retour des patrouilleurs.

« Eo viens, lève-toi. Tu ne peux plus rien pour elle. » Taé était près de lui. Un Taé différent, qui n'avait plus rien de jovial. Il leva Eo .« Nous veillerons l'un sur l'autre désormais ».

Ils entendirent un gémissement. Domi. Elle vivait encore. Eo se jeta sur elle :

« Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ?

- Reproductrice, gémit-elle, je devais être reproductrice.

- Est-ce que ça en valait la peine ?, demanda Taé. Il se tourna vers Eo

- Partons.

- Je prends Mia avec nous. Elle ne fera pas partie du banquet. »

Taé l'aida à soulever le petit corps, rendu lourd par l'inertie.

« Eo, aide-moi », gémit Domi.

Eo ne la regarda pas et partit avec T sans se retourner.

 

Le deuxième soleil se coucha à son tour.

Le banquet commença.

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